Base vie de chantier : la réglementation, module par module

Mis à jour le 18/10/2026

« C’est un petit chantier », « on n’est là que quelques semaines », « en dessous de quatre mois, on n’est pas obligés » : voilà ce que j’entends sans cesse sur les chantiers courts. Beaucoup de patrons pensent sincèrement que la règle des quatre mois les dispense de tout. La réglementation de la base vie de chantier dit pourtant autre chose, et plusieurs guides en ligne entretiennent la confusion. Le Code du travail en vigueur en octobre 2026 fait de ces quatre mois un seuil de dérogations : l’employeur doit des installations d’hygiène dès son premier salarié. Cette lecture distingue ce que le Code du travail impose de ce que recommandent l’OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics) ou la Cramif (Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France). Le reste relève du simple choix d’équipement, module par module.

Base vie de chantier : la réglementation dès le premier salarié

Une base vie de chantier, ou cantonnement, regroupe les installations d’hygiène et de vie des salariés. On y trouve vestiaire, lavabos, cabinets d’aisance, réfectoire et abri, plus des douches pour les travaux salissants. Ces locaux peuvent être réunis dans des modules préfabriqués, par exemple une base de vie de chantier WIZ, qui accueille vestiaires, sanitaires et réfectoire. La base vie est due dès le premier salarié, quelle que soit la durée du chantier. La durée ne change que le niveau d’exigence.

Les règles propres aux chantiers (R4534-137 à R4534-145) complètent le régime général des articles R4228-1 et suivants.

Ce que change le seuil de 4 mois

L’article R4534-137 du Code du travail autorise des dérogations sur les chantiers dont la durée « n’excède pas quatre mois ». Un chantier de quatre mois tout juste en profite donc. Pour la cour administrative d’appel de Nantes (14 juin 2022, n° 20NT02521), la durée qui compte est celle du chantier entier, toutes entreprises confondues, et non celle du lot de chacune. Ces dérogations visent deux blocs du régime général, que l’employeur peut remplacer par les règles allégées de la section chantier :

  • installations sanitaires : R4228-2 à R4228-7 et R4228-10 à R4228-18 ;
  • restauration : R4228-22 à R4228-25.

Jusqu’à quatre mois, la règle s’allège, elle ne disparaît pas : les toilettes, l’eau et un endroit pour se changer restent obligatoires.

Qui n’est pas concerné

L’article R4535-1 exclut de ces mesures d’hygiène, pour leur propre activité, les travailleurs indépendants et les employeurs qui travaillent eux-mêmes sur le chantier. Un artisan seul n’y est pas soumis. L’employeur qui travaille aux côtés de ses salariés leur doit toujours ces installations. Le particulier qui fait construire n’est pas employeur, mais son chantier reçoit des salariés, et c’est leur propre employeur qui les équipe. Sur la maison individuelle, le manque est flagrant : souvent, personne n’y a pensé avant que les gars arrivent sur un terrain nu, et on finit par demander au client ou au voisin d’ouvrir son garage. Pour qui veut faire construire sa maison, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) conseille aux entreprises qui bâtissent ces maisons des roulottes avec WC, vestiaires et réfectoire. À défaut, il demande « a minima » un bloc WC nettoyé régulièrement, avec lave-main alimenté en eau. L’institut prévoit aussi de l’eau potable en quantité suffisante (fiche ED 6239, 2016).

Vestiaire, lavabos, WC, douches : les règles module par module

Le tableau résume ce qui change selon la durée. Pour les lavabos, les douches et les WC, l’annexe 1 de la brochure INRS ED 6526 (2024) sur les installations sanitaires de chantier fait la même lecture.

Équipement Chantier de 4 mois au plus Chantier de plus de 4 mois Article
Vestiaire local-vestiaire avec armoires individuelles, patères si chantier exigu armoires ininflammables, fermant à clé R4534-139, R4228-6
Lavabos lavabos ou rampes, 1 orifice pour 10 1 lavabo pour 10, eau réglable R4534-141, R4228-7
WC WC conformes R4228-11 à 15 + 1 cabinet et 1 urinoir pour 20 hommes, 2 cabinets pour 20 femmes R4534-144, R4228-10
Douches dues si travaux salissants dues si travaux salissants R4228-8, arrêté du 23/07/1947
Réfectoire si repas sur place + local de restauration si 50 salariés ou plus par établissement, sinon un emplacement pour se restaurer R4534-142, R4228-22 et 23
Eau à boire 3 L par jour et par travailleur si l’eau courante est impossible idem R4534-143
Base vie de chantier et réglementation : ce qui est dû dès le premier salarié, ce qui ne s'ajoute qu'après 4 mois

Vestiaire de chantier

Le local-vestiaire est dû sur tout chantier (R4534-139) : aéré, éclairé, chauffé, nettoyé chaque jour, avec des sièges en nombre suffisant. S’il n’est pas adapté à la nature du chantier, un véhicule de chantier aménagé peut le remplacer (R4534-140). Il reçoit des armoires-vestiaires individuelles ; sur un chantier exigu, des patères les remplacent. Passé quatre mois, ces armoires doivent être individuelles et ininflammables, fermant à clé ou par cadenas (R4228-6). Un compartiment séparé s’impose si les vêtements de travail risquent d’être souillés. Une seule armoire pour le propre et le sale, ou de simples patères sur un chantier de huit mois : c’est un vestiaire fait au minimum. Sauf chantier exigu, c’est même en dessous de ce qu’exige l’article R4228-6.

Sur beaucoup de petits chantiers, il n’y a tout simplement pas de vestiaire : on se change dans une camionnette qui n’a rien d’un véhicule aménagé, ou dehors, hiver compris. Et quand il y a un bungalow, il finit souvent en dépôt d’outillage, de sacs et de matériaux, les affaires de ville à côté des tenues sales et de la poussière. Le vestiaire devrait justement être séparé du stockage (R4534-139).

Lavabos et eau

Sur un chantier de quatre mois au plus, des lavabos ou des rampes (une conduite munie de plusieurs points d’eau) suffisent, à raison d’un orifice pour dix travailleurs. L’eau y est à température réglable si possible (R4534-141). Sur un chantier plus long, il faut un lavabo pour dix travailleurs au plus, eau à température réglable (R4228-7). L’eau potable et fraîche est due partout (R4534-143). Le minimum de trois litres par jour et par travailleur ne vaut que si l’eau courante est impossible à installer. En pratique, sur les petits chantiers, pour se laver les mains, c’est un jerrican ou une cuve, quand il y en a ; l’eau est froide, et le savon comme l’essuie-mains, c’est aléatoire.

Cabinets d’aisance

Sur tous les chantiers, les WC respectent les articles R4228-11 à R4228-15 (R4534-144). Le local n’ouvre pas directement sur les locaux de travail fermés ; il est aéré et chauffé, équipé d’une chasse d’eau et de papier. Il est nettoyé et désinfecté chaque jour. Le ratio est fixé par R4228-10 : au moins un cabinet et un urinoir pour vingt hommes, deux cabinets pour vingt femmes, comptés sur l’effectif maximal présent en même temps. Sur un chantier de quatre mois au plus, il peut y être dérogé (R4534-137).

Le plus fréquent, c’est l’absence pure et simple, surtout en maison individuelle. Quand une cabine existe, les problèmes sont toujours les mêmes : elle n’est pas vidée assez souvent, le papier manque, elle est mal placée ou difficile d’accès, et personne ne s’estime responsable de l’entretien quand plusieurs entreprises se succèdent. Les gars vont alors au café, à la grande surface, chez le client s’il est d’accord, ou dans un coin du terrain. Pour les femmes, c’est encore pire : certaines se retiennent de boire de la journée pour ne pas avoir à y aller.

Douches

Régies par R4228-8 et R4228-9, les douches dépendent de la nature des travaux, pas de la durée. L’arrêté du 23 juillet 1947, modifié le 21 novembre 2024, liste les travaux insalubres ou salissants qui les rendent obligatoires. Il prévoit au moins une pomme pour huit personnes concernées, en cabines individuelles, lorsque chaque cabine comprend deux cellules d’habillage. Le temps passé à la douche est payé comme du temps de travail, d’un quart d’heure au minimum à une heure au plus (arrêté du 23 juillet 1947, article 5). Pour les vestiaires, les lavabos et les douches, l’employeur peut demander une dispense à l’inspecteur du travail quand la disposition des locaux empêche de les aménager (R4228-16 à R4228-18).

Sur les petits et moyens chantiers, j’ai rarement vu la douche en pratique, et même quand elle existe, si elle n’est pas entretenue, personne ne s’en sert. Le baromètre de l’OPPBTP publié en septembre 2024 relève que 44 % des chantiers ne disposent pas de douche, alors que l’exposition à des polluants a été identifiée. Lorsqu’elles sont présentes, 33 % des douches sont non entretenues ou non utilisables. Les gars repartent avec la poussière dans les cheveux et sur les vêtements, et s’arrêtent à la boulangerie couverts de plâtre. Ils ramènent la poussière de silice, de laine minérale ou de vieux enduits dans la voiture, puis dans le linge de la famille. Je pense que le paiement du temps de douche est une des vraies raisons pour lesquelles on ne l’organise pas.

Réfectoire dès que l’on mange sur le chantier, abri dans tous les cas

Réfectoire : dès le premier repas sur place

Rangée de modules préfabriqués d'une base vie de chantier, avec une porte d'accès par module

Dès que les salariés prennent leur repas sur le chantier, l’employeur met à leur disposition un local réfectoire (R4534-142), sans seuil d’effectif. Il comporte tables et chaises, un appareil pour réchauffer ou cuire les aliments, un garde-manger et, si possible, un réfrigérateur. Le seuil de cinquante salariés repris par un guide en ligne vient du régime général (R4228-22). Il se compte par établissement de l’employeur et ne conditionne pas le réfectoire du chantier. Au-delà de quatre mois, ce régime général de la restauration s’ajoute toutefois aux règles du chantier (R4534-137).

Abri, local voisin et limites

Les salariés disposent aussi d’un abri contre les intempéries, local d’accueil ou aménagement équivalent (R4534-142-1). Quand la disposition des lieux ne permet pas de mettre en place les véhicules de chantier, le réfectoire et les WC, l’employeur cherche à proximité un local ou un emplacement aux conditions au moins équivalentes (R4534-145). Le logement provisoire des salariés obéit à une autre section du Code, la section 17 (R4534-146 à R4534-151).

Je ne suis ni juriste ni préventeur : sur un cas limite, comme une demande de dispense ou des travaux dont le caractère salissant se discute, je préfère renvoyer à l’inspection du travail ou à l’OPPBTP. Cet organisme reprend ces règles dans sa fiche sur les obligations de l’employeur.

Comment dimensionner et équiper les bases vie de chantier ?

Dimensions et effectif de pointe

L’OPPBTP décrit des modules standards, les bungalows de chantier, de 6 m ou 3 m de long sur environ 2,5 m de large. La configuration type de l’OPPBTP assemble cinq modules pour 8 à 24 personnes. Ce sont des recommandations, pas des obligations. Pour les toilettes autonomes, le même organisme indique une cabine pour dix personnes au plus, à 100 m au plus du poste de travail. Il se réfère à la norme NF EN 16194 et annonce que sa dernière révision en préconisera une pour sept. La cabine doit être équipée d’une chasse d’eau, comme tout cabinet d’aisance de chantier (R4228-11).

L’erreur la plus fréquente, c’est de considérer la base vie comme un poste à économiser, par exemple en la dimensionnant sur l’effectif moyen au lieu de l’effectif de pointe. Au second œuvre, quand tout le monde est là, le réfectoire est trop petit : une partie des gars mange dans les camions, voire dehors, et l’hiver, c’est un sandwich sur le capot.

Ça coûte d’abord en ambiance et en fidélité des équipes. Un compagnon qui n’a pas de toilettes correctes ou pas d’endroit chaud pour manger ne le dit pas forcément, mais il s’en souvient au moment de choisir son prochain employeur. Ça peut aussi coûter cher au contrôle : un manquement sur les installations sanitaires ou la restauration expose l’employeur à une amende administrative de 4 000 € au plus par salarié concerné (L8115-1 et L8115-3).

L’INRS recommande des vestiaires d’au moins 1 m² par salarié, pour tous les lieux de travail (ED 950, 2025). Des vêtements qui sèchent sur un convecteur trahissent l’absence de sèche-vêtements.

Où placer la base vie

L’implantation compte autant que le module. Elle se décide sur le plan d’installation de chantier (PIC), en regardant tout le phasage et pas seulement le démarrage. La base vie se place près de l’entrée, avec un accès piéton séparé des camions, et hors des zones de manœuvre des engins. Elle reste hors du survol de la grue et hors de l’emprise des voiries et réseaux divers (VRD), près des branchements d’eau, d’électricité et d’égout. Gardez la place d’un module de plus pour le pic. Une base vie posée là où il y avait de la place le premier jour peut se retrouver trois mois plus tard sur le tracé des VRD : il faut alors la déplacer, avec camion-grue, débranchement et rebranchement.

Quand le chantier exige un plan général de coordination en matière de sécurité et de protection de la santé (PGC), ce plan reprend les mesures prises pour la salubrité du chantier (R4532-44). Pour une opération de construction de bâtiment de plus de 760 000 €, le maître d’ouvrage doit même desservir le chantier avant l’arrivée des entreprises (R4533-1). Voirie, eau potable, électricité et évacuation des matières usées arrivent alors en un point de son périmètre.

Placer la base vie de chantier : près de l'entrée et des branchements, hors du survol de la grue et des VRD

Ce qui se voit à l’arrivée

Sur un chantier, je vois avant même d’ouvrir la porte si la base vie a été pensée ou bâclée. Je regarde d’abord le chemin pour y arriver, puis le pas de porte : pas de gratte-bottes, pas de lave-mains dehors, pas de caillebotis, et le réfectoire sera plein de terre dans quinze jours. Une petite zone tampon, avec un abri pour la pause, un point d’eau et un sol stabilisé, change tout. Le vrai test vient trois semaines après l’installation : WC nettoyés chaque jour, papier et savon réassortis, poubelles vidées. Quand personne n’a prévu qui s’en occupe, ça se dégrade très vite.

Construction traditionnelle ou bâtiment modulaire pour la base vie

Les modules se juxtaposent, se superposent (l’OPPBTP cite des assemblages au-delà du R+8, huit étages sur rez-de-chaussée) et repartent sur le chantier suivant. Bâtir en dur pour quelques mois revient à ouvrir un second chantier, avec ses délais et ses fondations. Le Code du travail ne prescrit aucun type de construction : seules comptent les règles d’hygiène qu’il fixe. Quand la place manque, le local ou l’emplacement voisin de l’article R4534-145 reste un repli, pas un choix de départ.

Questions fréquentes

Le conseil que je donnerais en premier

Si un conducteur de travaux me demandait conseil, je lui dirais en premier : pensez votre base vie avant tout le reste, et installez-la avant que la première entreprise arrive. Partez de cinq questions. Combien de personnes au pic, et pas en moyenne ? Un camion-grue peut-il livrer les modules ? Où sont l’eau, l’électricité et l’égout, et les raccordements sont-ils demandés assez tôt ? Combien de temps dure le chantier ? Les postes de travail seront-ils loin de la base, au point de prévoir des WC d’appoint ? Prévoyez aussi, dès le départ, qui nettoie et à quelle fréquence : une base vie n’est pas un équipement qu’on pose et qu’on oublie, c’est un service qui doit tenir jusqu’au dernier jour. Pourquoi ce conseil en premier ? Parce que presque toutes les galères que j’ai vues viennent de là : une base vie improvisée le premier jour, qu’on traîne comme un boulet pendant tout le chantier. Quand elle est bien pensée, les gars le sentent tout de suite, et le chantier tourne mieux.

Stéphane, artisan du bâtiment et fondateur de Pirrotta.fr
Stéphane

Stéphane, artisan multi-corps d'état depuis 15 ans dans le Grand Ouest. Fondateur de Pirrotta.fr, il partage son expérience terrain en rénovation, plomberie, électricité et aménagement.