Ferraillage d’un linteau de 3 m : section, aciers et coulage

Mis à jour le 06/11/2026

Une baie de 3 m dans un mur en parpaing de 20 en cours d’élévation, et une question qui revient avant de commander les fers : quel ferraillage d’un linteau de 3 m faut-il prévoir ? Aucune norme ne donne de réponse toute faite. Un linteau en béton armé de cette portée tient par l’endroit où sont posés les aciers, par ses appuis et par le temps qu’on le laisse étayé, bien plus que par la quantité de fer. Et 3 m, à mon sens, c’est déjà la limite de ce qu’on coule sans calcul.

Ce que la norme fixe pour un linteau de 3 m, et ce qu’elle ne fixe pas

Le NF DTU 20.1, qui encadre les murs en maçonnerie de petits éléments, admet deux familles de linteaux : en béton armé coulé en place, ou préfabriqués. Il fixe la longueur d’appui à 20 cm au moins de chaque côté. Pour une ouverture de 2,40 m et plus, haute d’au moins 1,80 m ou des 2/3 de la hauteur libre du mur (le plus petit des deux), il impose aussi des chaînages verticaux de chaque côté.

Le DTU ne donne pas, en revanche, de nombre de barres. Le guide de bonnes pratiques publié par la FIB et le CERIB est clair pour un linteau coulé sur place : « la section d’armature est définie par le bureau d’étude ». Les barres listées plus bas décrivent donc ma pratique sur un cas précis, pas une règle.

Sur 3 m, tant que le linteau ne porte que quelques rangs de parpaing de fermeture et une toiture légère en fermettes, je reste sur ma façon de faire habituelle. Dès que la charge dépasse ce cas, je fais calculer.

Quand faire calculer un linteau de 3 m par un bureau d’études ?

Un bureau d’études structure additionne ce qui pèse sur le linteau : la maçonnerie au-dessus, son propre poids, et le plancher s’il y en a un. Il en déduit la section de béton et les aciers. Le DTU demande aussi de vérifier que la maçonnerie supporte les charges ponctuelles, comme l’appui d’une poutre ou d’un linteau.

⚠️ Faites calculer le linteau dans les cas suivants. Je demande un calcul au bureau d’études dès qu’un plancher, bois ou béton, vient reposer dessus. Même chose s’il y a un pignon complet ou un étage maçonné au-dessus, ou si une ferme, une panne ou un poteau tombe en charge ponctuelle sur la portée. Et aussi pour une ouverture créée dans un mur porteur existant, en rénovation. Au-delà de 3,50 m, je fais calculer systématiquement, quoi qu’il y ait au-dessus.

Une étude coûte peu par rapport à une poutre à casser et à refaire, et elle couvre l’artisan vis-à-vis du client comme de l’assurance.

Quelle section pour un linteau de 3 m ?

Sur 3 m, je ne coule jamais dans des blocs U. Il reste trop peu de béton utile, et sur cette longueur, c’est la flèche (l’affaissement du linteau au milieu de la portée) qui pose problème. Je fais un vrai coffrage bois, en 20 de large sur 30 de haut. Je garde en tête le repère d’environ 10 cm par mètre de portée pour la hauteur, et quand la hauteur sous plafond le permet, je monte à 35.

Les blocs U ont pourtant leurs défenseurs. Le jour du coulage, la question revient souvent : « Vous pouvez pas juste remplir les parpaings en U avec du béton ? Mon beau-frère a fait comme ça, ça tient depuis dix ans. » Ça tient, oui… au-dessus d’une porte de 90, pas d’une baie de 3 m avec la toiture dessus. Son beau-frère a eu de la chance, pas de la méthode.

Le ferraillage d’un linteau de 3 m, barre par barre

Les barres du bas travaillent en traction : c’est par en dessous, vers le milieu de la portée, qu’un linteau trop faible commence à se fissurer. Mon ferraillage courant sur 3 m, sans plancher qui vient s’appuyer dessus :

  • en bas, 2 HA12, passées en HA14 dès que la charge augmente un peu (HA désigne l’acier haute adhérence, le chiffre son diamètre en millimètres) ;
  • en haut, 2 HA10 ;
  • des cadres en HA6 tous les 15 cm en partie courante, rapprochés à 10 cm sur les 50 à 60 premiers centimètres de chaque côté, là où l’effort tranchant est le plus fort ;
  • des barres du bas crossées aux extrémités (repliées en crochet) et bien ancrées dans les poteaux, avec des équerres si besoin.
Schéma du ferraillage d'un linteau de 3 m : barres du bas et du haut, cadres resserrés près des appuis, crosses, cales et appuis

Selon la portée et ce qui pèse dessus, la réponse change :

Ouverture Ce que je fais
Petite ouverture, fenêtre ou porte standard Armature du commerce, section selon le dimensionnement d’un linteau de fenêtre
3 m, quelques rangs de parpaing et toiture légère en fermettes Coffrage 20 × 30, cage façonnée, ferraillage ci-dessus
3 m avec plancher, pignon, étage ou charge ponctuelle Calcul par un bureau d’études
Au-delà de 3,50 m Calcul systématique, quoi qu’il y ait au-dessus

Armature de linteau du commerce ou cage façonnée ?

Je prends rarement une cage toute faite au négoce pour cette portée. Les armatures standard sont souvent trop basses pour une section de 30. J’en ai trop vu poser deux, l’une sur l’autre, sans cadre commun : ça ne travaille pas comme une seule poutre. Je préfère faire façonner sur mesure ou monter moi-même mes cadres à la bonne hauteur. Au final, ça ne coûte pas beaucoup plus cher que l’acier seul.

Mains gantées ligaturant au fil d'acier les cadres d'une cage d'armature façonnée sur le chantier

Je garde les armatures du commerce pour les fenêtres et les portes standard, posées comme dans notre guide de pose pas à pas.

Les étapes pour couler un linteau de 3 m

Le matériel, pour une baie de 3 m :

  • 3 ou 4 étais et un bastaing ou un madrier ;
  • des planches pour le fond et les joues du coffrage ;
  • la cage d’armature façonnée, des cales plastique ou béton ;
  • du mortier pour remplir les appuis, du béton pour le linteau ;
  • une aiguille vibrante ou une barre pour piquer le béton.

Les étapes, dans l’ordre :

  1. Poser les étais avant de coffrer, jamais après : trois ou quatre sous un bastaing ou un madrier qui porte le fond de coffrage, calés de niveau, avec une légère contre-flèche si la portée le justifie.
  2. Préparer les appuis : le plus souvent, le linteau vient se lier aux chaînages verticaux ou à des jambages en béton armé. Sur de la maçonnerie, l’appui doit être plein : je casse le dessus des alvéoles et je les remplis au mortier bien tassé, sur un rang minimum, deux si possible.
  3. Monter le coffrage, fond et joues. Un coffrage en bois se mouille avant le coulage, pour qu’il ne pompe pas l’eau du béton.
  4. Caler la cage à 3 cm, et à 3,5 cm sur la face extérieure d’un linteau de façade exposée à la pluie, avec des cales plastique ou béton, jamais avec des morceaux de parpaing. Barres principales en bas.
  5. Lier au chaînage : quand le linteau se trouve à la hauteur du chaînage horizontal, on les coule ensemble, aciers liés.
  6. Couler d’une seule traite, sans reprise de bétonnage sur la portée. Le béton se pique ou se vibre au coulage, pour qu’il enrobe les aciers sans laisser de vides.
  7. Protéger le linteau frais du soleil et du vent, pour que le béton ne sèche pas trop vite en surface.
Étais métalliques réglables laissés sous une poutre en béton armé décoffrée, coffrage bois encore en place sur le chantier

Appuis, étais et décoffrage : les délais qui comptent

Côté appuis, je ne descends jamais sous 20 cm de chaque côté, et en pratique je vise plutôt 30. Pour le décoffrage, je retire les joues latérales au bout de 24 à 48 heures selon la température. Je laisse le fond et les étais trois semaines au minimum, et je les garde plus longtemps par temps froid. Je ne charge rien dessus avant ce délai. Tout sur le béton, le site de la filière ciment, conseille même d’attendre 28 jours avant de retirer les étais.

Désétayer au bout de deux ou trois jours, c’est prendre le risque d’un linteau qui s’affaisse et qui perd de sa résistance pour toujours.

Les erreurs de ferraillage qui reviennent sur les chantiers

En rénovation et sur les chantiers des autres, je retrouve toujours les mêmes erreurs :

  • Pas de cales. Les fers touchent le coffrage, et au décoffrage, on voit l’acier à travers 5 mm de béton.
  • Deux cages superposées ou juxtaposées sans cadres pour les tenir ensemble. On croit avoir une poutre de 30 cm, alors qu’on a deux petits linteaux posés l’un sur l’autre.
  • Les aciers porteurs placés en haut, ou une cage posée à l’envers. Les barres principales doivent être en bas, dans la zone tendue.
  • Des cadres trop espacés partout, sans resserrement près des appuis, ou carrément absents sur certaines longueurs.
  • Des ancrages bâclés : barres non crossées, coupées au ras du tableau, ou pas reliées aux poteaux.
  • Des recouvrements trop courts quand une barre est rallongée. Je compte large, au moins 50 fois le diamètre, et je préfère une barre d’un seul tenant sur 3 m.
  • Un décoffrage trop rapide, avec les étais retirés en même temps que les joues.

Un client avait monté son linteau de garage tout seul, avant de m’appeler pour la suite. Il était très fier de me montrer qu’il avait « mis beaucoup de fer » : deux cages du commerce collées l’une contre l’autre, plus une troisième posée par-dessus. Pas un seul cadre pour relier tout ça, et le tout pratiquement au contact du coffrage. Trois cages qui ne travaillent pas ensemble, ça ne fait pas une poutre trois fois plus solide, ça fait trois petits linteaux qui se regardent. On a cassé et refait. Il dit aujourd’hui que c’est le linteau le plus cher qu’il ait jamais coulé… deux fois.

Ces erreurs peuvent finir par se lire sur le mur. Une fissure qui part de l’angle haut d’une fenêtre à environ 45°, c’est presque une signature : linteau sous-dimensionné, mal appuyé, ou parfois absent. Devant une maison qui se fissure, le diagnostic passe avant l’enduit.

Linteau coulé sur place ou préfabriqué ?

Dans la grande majorité des cas, je coule sur place. Je m’adapte exactement à l’ouverture, à la hauteur disponible et aux poteaux. Je relie le linteau au chaînage, et je n’ai pas besoin d’engin pour poser une pièce d’une demi-tonne.

Je passe au préfabriqué dans trois cas :

  • quand l’accès est facile et qu’un engin de levage peut approcher ;
  • quand le planning est serré et que je ne peux pas attendre trois semaines avant de charger ;
  • pour les grandes portées ou les fortes charges, où je prends un élément précontraint dimensionné par le fournisseur selon mes charges.

En usine, la qualité est régulière : béton vibré, aciers bien positionnés. Mais un linteau coulé sur place, bien ferraillé, calé, vibré et laissé étayé le temps qu’il faut, n’a rien à lui envier. Le prélinteau en béton, qui sert de fond de coffrage perdu, est une troisième voie pour les ouvertures courantes. Pour les grandes portées, la comparaison se fait plutôt entre IPN et linteau béton.

Avant de commander les aciers

Avant de choisir un seul fer, regardez ce qui viendra s’appuyer sur le linteau : un plancher, un pignon, un étage, une panne ou un poteau. Si c’est le cas, ou si vous ouvrez un mur porteur existant, faites calculer la section par un bureau d’études. Sinon, le ferraillage d’un linteau de 3 m se joue sur trois points : des barres du bas bien calées et bien ancrées, des cadres resserrés près des appuis, des étais laissés en place le temps qu’il faut. Ce n’est pas la quantité d’acier qui compte, c’est l’endroit où on le met.

Stéphane, artisan du bâtiment et fondateur de Pirrotta.fr
Stéphane

Stéphane, artisan multi-corps d'état depuis 15 ans dans le Grand Ouest. Fondateur de Pirrotta.fr, il partage son expérience terrain en rénovation, plomberie, électricité et aménagement.