Julien vient d’acheter une maison des années 70 dans le Maine-et-Loire. Il veut agrandir la baie du salon pour gagner en luminosité. Le maçon qu’il consulte commence par une question directe : « Votre mur est porteur ? Parce que sans élément porteur correctement dimensionné au-dessus de l’ouverture, vous risquez des fissures dans l’année, et votre assurance ne couvrira rien. » Le linteau, ce bloc horizontal que l’on ne voit plus une fois les finitions posées, supporte tout le poids situé au-dessus de chaque baie. Mal choisi ou sous-dimensionné, il devient la première cause de désordres structurels.
📌 L’essentiel à retenir :
Le linteau reprend la charge du mur au-dessus de chaque porte, fenêtre ou baie vitrée et la transmet aux jambages latéraux. Son dimensionnement dépend de la portée, de la charge et du matériau choisi (béton armé, bois, acier, pierre, brique), en suivant l’Eurocode 2 et le NF DTU 20.1. Au-delà de 2,5 m de portée, faites valider le calcul par un bureau d’études.

Le linteau est l’élément horizontal qui supporte la charge au-dessus d’une ouverture (porte, fenêtre, baie vitrée). Fabriqué en béton armé, bois, acier ou pierre, il transmet le poids du mur et des planchers aux jambages (les montants verticaux de chaque côté de la baie). Son dimensionnement et sa pose obéissent à la norme NF DTU 20.1 « Ouvrages en maçonnerie de petits éléments, Parois et murs ».
Qu’est-ce qu’un linteau et pourquoi est-il indispensable ?
Sans cet élément porteur, le mur situé au-dessus d’une porte ou d’une fenêtre ne tient que par la cohésion de ses joints. À la moindre charge supplémentaire (plancher, toiture, étage), les blocs se fissurent en V inversé puis s’effondrent vers l’intérieur de la baie. Le linteau joue le rôle de poutre : il collecte les forces verticales et les redistribue horizontalement vers les deux jambages, qui les transmettent au sol par compression.
La charge reprise dépend de la hauteur du mur supérieur, de la présence d’un plancher et du type de couverture. Sur une maison de plain-pied avec combles légers, une ouverture standard encaisse quelques centaines de kilos. Sur un R+1 avec dalle béton, la même baie peut charger la poutre de plusieurs tonnes. Je recommande de toujours vérifier la nature du mur avant de planifier une ouverture.
Quels sont les différents types de linteaux ?
Le choix du matériau dépend de la portée de l’ouverture, du type de construction (neuf ou rénovation) et des contraintes esthétiques.

Linteau béton (monobloc et coulé en place)
Le béton armé domine la construction neuve en France. Deux variantes coexistent. Le modèle monobloc préfabriqué, livré prêt à poser, convient aux ouvertures standard de 0,80 à 3 m : rapide à mettre en oeuvre, fiable, mais lourd à manipuler (comptez deux personnes minimum pour un élément de 1,50 m). La version coulée sur place offre une liberté totale de géométrie et couvre des portées allant jusqu’à 5 m, au prix d’un coffrage, d’un ferraillage et d’un temps de séchage plus long.
Une troisième variante existe : le prélinteau, élément précontraint qui sert de fond de coffrage permanent. Pour la pose économique via ce procédé, consultez notre guide complet du prélinteau béton.
Quand l’ouverture accueille un volet roulant, le coffre demi-linteau intègre le mécanisme d’enroulement directement dans le gros œuvre. Pour le détail des configurations (tunnel, demi-linteau, IPN), consultez notre guide du linteau de volet roulant.
Linteau bois
Le bois (chêne, châtaignier) se rencontre en rénovation de maisons anciennes et dans les projets où la poutre apparente fait partie du parti architectural. Les portées courantes atteignent 3 m, avec une bonne tenue dans le temps à condition de traiter contre les champignons et les insectes xylophages. Pour le détail des essences, des traitements et du calcul de flèche, voir notre guide complet du linteau bois.
Linteau métallique (IPN, UPN, HEA)
L’acier entre en jeu pour les grandes portées (au-delà de 3 m) ou la réouverture d’un mur porteur existant en rénovation. Les profilés IPN, UPN ou HEA supportent des charges très élevées et couvrent jusqu’à 6 m et plus. Leur limite principale reste le pont thermique. Sans rupteur d’isolation, un profilé métallique crée un passage direct pour le froid entre l’extérieur et l’intérieur. Ce type de linteau se retrouve dans les ouvertures industrielles équipées de rideaux métalliques industriels, où les portées dépassent souvent 4 m.
Linteau pierre
En restauration patrimoniale, la pierre appareillée (calcaire, granit, grès) reste la solution de cohérence architecturale. Monolithique ou assemblé en voussoirs (pierres taillées en coin formant un arc), il couvre des portées de 0,80 à 2 m. Le coût de la taille et de la pose le réserve aux projets de restauration ou aux constructions haut de gamme.
Linteau brique
Le linteau brique est un choix souvent oublié, pourtant pertinent quand le mur est lui-même en briques pleines ou en parement. La mise en oeuvre se fait soit en arc plat (assemblage de claveaux, briques taillées en biseau), soit en version armée (briques posées sur une armature métallique noyée dans le mortier). L’épaisseur courante va de un à deux rangs.

La résistance en compression d’une brique pleine se situe entre 15 et 30 MPa selon la gamme (typiquement 20 MPa pour une brique portante courante), contre 4 à 8 MPa pour un parpaing creux. Cette résistance supérieure permet de reprendre des charges significatives sur des portées de 0,80 à 1,80 m, tout en conservant une cohérence avec la façade.
Pour les ouvertures de portes (intérieures ou d’entrée), le dimensionnement du linteau suit des règles spécifiques liées aux largeurs standard de 70 à 90 cm. Retrouvez le détail dans notre guide pour tout savoir sur le linteau de porte.
Tableau comparatif
| Matériau | Portée courante | Avantages | Limites | Coût fourniture |
|---|---|---|---|---|
| Béton monobloc | 0,80 à 3 m | Pose rapide, fiabilité | Lourd à manipuler | 15 à 150 € |
| Béton coulé | Jusqu’à 5 m | Adaptable à toute forme | Coffrage + séchage | 80 à 300 € |
| Bois (chêne, châtaignier) | Jusqu’à 3 m | Esthétique, écologique | Traitement obligatoire | 100 à 400 € |
| Acier IPN/HEA | Jusqu’à 6 m+ | Très grandes portées | Pont thermique, prix | 150 à 500 € |
| Pierre appareillée | 0,80 à 2 m | Patrimoine, durabilité | Main d’oeuvre élevée | Sur devis |
| Brique armée | 0,80 à 1,80 m | Cohérence façade brique | Mise en oeuvre délicate | 50 à 200 € |
Prix indicatifs fourniture seule, hors pose, constatés en négoces et GSB en 2026.
Quand doit-on en poser un ?
En pratique, toute ouverture dans un mur porteur nécessite un élément de reprise de charge, quelle que soit sa largeur. Les professionnels retiennent souvent un seuil empirique de 70 cm au-delà duquel la pose est systématique, mais aucun DTU ne fixe cette valeur comme norme absolue : la vérification de la stabilité fait foi.
Pour les murs non porteurs (cloisons de distribution), un chaînage horizontal peut suffire en deçà de 70 cm, à condition que le mur ne supporte ni plancher ni toiture.
Comment savoir si un mur est porteur ?
Quatre indices permettent un premier tri : une épaisseur supérieure à 15 cm, un son sourd à la frappe, une position centrale dans la maison ou perpendiculaire aux solives, et sa présence sur le plan de structure d’origine. En cas de doute, je déconseille de trancher seul : consultez un ingénieur structure. Selon le contexte, une déclaration préalable peut être nécessaire (vérifiez sur service-public.fr).
💡Cas particulier : volet roulant intégré. Si vous installez un volet roulant en même temps que l’ouverture, l’élément porteur doit intégrer le coffre. Voir le cas particulier du linteau VR.
Comment dimensionner un linteau ?

Le dimensionnement repose sur trois paramètres : la portée de l’ouverture, la charge à reprendre (mur, plancher, toiture) et le matériau choisi. En France, le référentiel de calcul est l’Eurocode 2 (série NF EN 1992), qui a officiellement remplacé le BAEL 91 modifié 99 pour les constructions neuves. Le BAEL reste toutefois utilisé pour l’analyse d’ouvrages existants.
Pour un linteau béton armé en maison individuelle avec charges courantes (un étage + combles), voici les ordres de grandeur :
| Portée | Hauteur min. | Ferraillage indicatif | Appui min. jambages |
|---|---|---|---|
| 0,80 à 1 m | 20 cm | 2 fers HA 10 + cadres HA 6 | 20 cm |
| 1 à 1,50 m | 20 cm | 2 fers HA 12 + cadres HA 6 | 20 cm |
| 1,50 à 2 m | 25 cm | 2 fers HA 14 + cadres HA 6 | 25 cm |
| 2 à 2,50 m | 30 cm | 2 fers HA 16 + cadres HA 8 | 25 cm |
| Au-delà de 2,50 m | Calcul obligatoire | Étude bureau d’études | 30 cm |
Valeurs indicatives pour cas courant. Le dimensionnement définitif suit l’Eurocode 2 et doit être validé par un bureau d’études au-delà de 2,50 m ou en présence d’un plancher au-dessus.
L’appui sur les jambages est un paramètre que mon équipe vérifie systématiquement en rénovation. La règle de 20 cm par côté convient pour une maçonnerie pleine (parpaings pleins, moellons), mais sur de la brique creuse ou du parpaing creux, 25 cm permettent de répartir la compression sans écraser le bloc.
Pour les portes intérieures standard, la hauteur de vantail mesure 2,04 m. La réservation sous poutre en maçonnerie doit prévoir quelques centimètres de jeu, soit environ 2,06 à 2,07 m d’ouverture brute.
⚠️Ce guide est informatif.
Pour votre situation, consultez un ingénieur structure ou un maçon qualifié. Les règles présentées ici peuvent évoluer et leur application dépend de votre logement.
Comment poser un linteau (étapes générales) ?
Ces étapes décrivent la pose d’un élément béton préfabriqué standard dans un mur existant. Pour les variantes spécifiques (porte, prélinteau précontraint, bois en rénovation), reportez-vous aux guides dédiés.
- Préparer l’ouverture et étayer. Tracez les côtés sur le mur. Mettez en place les étais sous la zone à creuser, en vérifiant la solidité du plancher au-dessus. EPI obligatoires : casque, gants, lunettes.
- Découper le logement. Creusez l’emplacement dans le mur au-dessus de la future baie, sur 20 cm de profondeur d’appui de chaque côté (25 cm sur maçonnerie creuse).
- Insérer l’élément porteur. Placez-le dans son logement à hauteur définitive, en contrôlant la planéité au niveau à bulle.
- Caler et sceller. Calez les appuis au mortier riche (3 volumes de sable pour 1 de ciment), en garantissant 20 cm d’appui minimum de chaque côté.
- Reprendre la maçonnerie au-dessus. Comblez le vide avec de la maçonnerie et du mortier. Pour les coffrages complexes, vous pouvez réaliser un coffrage perdu.
- Attendre avant d’ouvrir. Pour un mur porteur, patientez au minimum 7 jours (et 14 jours pour plus de sécurité) avant de découper la baie, étais en place.
- Retirer l’étaiement. Après 14 à 21 jours de séchage (le béton atteint sa résistance nominale à 28 jours), retirez les étais progressivement et contrôlez l’absence de flèche.
Outils : étais télescopiques, niveau à bulle, truelle, meuleuse + disque diamant, casque, gants, lunettes, seau, mètre.
Combien coûte l’installation ? (prix 2026)
Le budget varie selon le matériau, la portée et la complexité d’accès. Mes techniciens constatent que les écarts de devis sur un même poste peuvent aller du simple au triple, selon que l’étaiement est compris ou facturé en supplément.
| Type (réf. 1,50 m) | Fourniture | Pose pro | Total indicatif |
|---|---|---|---|
| Béton préfabriqué monobloc | 25 à 60 € | 100 à 200 € | 125 à 260 € |
| Béton coulé sur place | 80 à 150 € | 200 à 400 € | 280 à 550 € |
| Bois chêne | 120 à 250 € | 150 à 300 € | 270 à 550 € |
| IPN acier | 150 à 300 € | 250 à 500 € | 400 à 800 € |
| Pierre appareillée | Sur devis | Sur devis | 500 à 2 000 € |
| Brique armée | 50 à 120 € | 200 à 350 € | 250 à 470 € |

Fourchettes TTC pour une ouverture de 1,50 m, constatées auprès de négoces et artisans en 2026. Hors étude structure, hors finitions.
Ce qui fait grimper la facture : une portée supérieure à 3 m (passage à l’IPN quasi obligatoire), un accès difficile (échafaudage), un étaiement complexe, et la reprise des finitions (enduit, peinture) que les devis omettent parfois.
Réglementation : DTU, décennale, parasismique
Trois cadres normatifs encadrent la mise en oeuvre.
- DTU applicables. Le NF DTU 20.1 (« Ouvrages en maçonnerie de petits éléments, Parois et murs ») fixe les règles pour les murs maçonnés. Le NF DTU 23.1 (« Murs en béton banché ») couvre les voiles coulés en place. Le dimensionnement structurel suit l’Eurocode 2 (NF EN 1992) pour le béton et l’Eurocode 3 (NF EN 1993) pour l’acier.
- Étude structure. Pour toute ouverture dans un mur porteur en rénovation, une étude par un bureau d’études est la pratique standard. Au-delà de 2,50 m de portée ou en présence d’un plancher, cette étude devient incontournable.
- Assurance décennale. La garantie couvre la solidité de l’ouvrage pendant 10 ans à compter de la réception des travaux (articles 1792 et suivants du Code civil). Un élément porteur mal dimensionné qui provoque des fissures relève de cette garantie, à condition que les travaux aient respecté les règles de l’art. Sans professionnel assuré, l’indemnisation peut être refusée.
- Zonage parasismique. En zone de sismicité 2 ou supérieure (décret 2010-1255), des dispositions spécifiques de ferraillage et de chaînage s’appliquent, conformément à l’Eurocode 8 (NF EN 1998). Vérifiez votre zone sur georisques.gouv.fr.
Pathologies : fissures, affaissement, corrosion

Mon équipe a vu chaque type de pathologie sur les chantiers de rénovation du Grand Ouest. Voici les signaux d’alerte à surveiller.
- Fissure verticale en sortie de jambage. Elle part du coin supérieur de l’ouverture et remonte dans le mur : surcharge ou tassement différentiel des fondations.
- Fissure horizontale en sous-face. Elle court sur toute la longueur de la poutre, en son milieu : flèche excessive, signe d’un sous-dimensionnement par rapport à la charge reprise.
- Traces de rouille en sous-face (béton). La rouille qui suinte à travers le béton signale une corrosion des armatures. L’enrobage protecteur a perdu son rôle : intervention urgente.
- Pourrissement (bois). Champignons lignivores ou mérule sur un élément mal ventilé ou non traité. Le remplacement ou le renforcement par un profilé métallique est souvent la seule issue.
- Affaissement visible. Un élément qui « tombe » au centre de la baie impose un étaiement immédiat et l’intervention d’un ingénieur structure.
🚨Erreur courante :
repousser l’intervention parce que « la fissure ne bouge plus ». Mon équipe a vu des éléments porteurs qui paraissaient stables depuis des mois céder brutalement après un épisode de gel. Toute fissure structurelle mérite un diagnostic.
Faut-il systématiquement faire appel à un professionnel ?
Pour une petite fenêtre en mur non porteur avec un élément béton préfabriqué de moins de 1,50 m : un bricoleur averti peut gérer la pose en suivant les étapes décrites plus haut, à condition de maîtriser l’étaiement et de respecter les temps de séchage.
En revanche, quatre situations imposent un professionnel qualifié :
- Le mur est porteur et l’ouverture dépasse 1 m de large.
- La portée excède 2 m (calcul structure obligatoire).
- Un plancher ou une toiture repose directement au-dessus.
- Le bâtiment est ancien (pierre, brique pleine, pisé) et la structure n’est pas documentée.
Sans artisan assuré et sans étude structure dans ces cas, votre assurance habitation peut refuser de couvrir un sinistre. La garantie décennale protège le propriétaire pendant 10 ans, mais elle suppose que les travaux aient été réalisés dans les règles de l’art.
Un élément porteur bien choisi et bien posé se fait oublier pendant des décennies. Le vrai risque n’est pas de trop investir dans le dimensionnement, mais de sous-estimer la charge que votre mur supporte. Avant d’ouvrir une baie, prenez le temps de faire vérifier la nature du mur et la portée nécessaire.
Foire aux questions
Mis à jour le 11 juin 2026




