Fenêtre à meneau : comprendre, réparer et restaurer une croisée

Mis à jour le 08/11/2026
Une croix de pierre plantée au milieu d’une baie ancienne n’a rien d’un ornement : le meneau d’une fenêtre partage l’ouverture et travaille avec le mur. Sur une fenêtre à meneau, on regarde donc la pierre avant la menuiserie. D’abord le fer qui la fend, puis la croisée à restituer si elle a sauté, enfin du bois posé dans l’entaille d’origine du mur, avec l’accord de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) quand la maison est en secteur protégé. Dans cet ordre, et pas dans celui du catalogue.
Qu’est-ce que le meneau d’une fenêtre ?
Le meneau est un montant vertical en pierre, en bois ou en fer, qui divise l’ouverture d’une fenêtre en compartiments. Au-dessus, le linteau ferme le haut de la baie. Le meneau porte : il soulage le linteau au milieu de la baie. Croisé avec une traverse horizontale, il dessine une croix, la croisée de pierre.
De part et d’autre, les jambages de la baie sont les montants de maçonnerie qui la bordent et soutiennent le linteau. Une baie peut compter un meneau seul, un meneau et une traverse, ou deux meneaux.

Meneau ou trumeau : la différence
Le meneau partage une seule baie. Le trumeau est le pan de mur compris entre deux fenêtres, ou le pilier qui soulage en son milieu le linteau d’un portail. Une façade peut donc avoir un trumeau entre deux fenêtres à meneaux, jamais un meneau entre deux fenêtres.
Des croisées de pierre des XVe et XVIe siècles, souvent cassées depuis
Les fiches du ministère de la Culture décrivent encore au XVIe siècle la « baie à meneau et traverse en pierre ». Au XVIIe, la fenêtre à petits-bois, divisée par de fines baguettes de bois, prend peu à peu le relais, plus grande et sans meneau maçonné.
Les fenêtres à meneau que j’ai restaurées se trouvaient surtout dans de vieilles maisons de bourg, certaines remontant au XVe ou au XVIe siècle, parfois en secteur protégé. Souvent, quelqu’un avait cassé la croisée pour caser une fenêtre moderne avec des volets, et le nouveau propriétaire voulait retrouver la baie d’origine. Ailleurs, le meneau a sauté pour gagner de la lumière ou poser une fenêtre standard.
⚠️ Meneau retiré : on ne retire pas un meneau sans reprendre la charge du linteau qu’il soulage.
Le calcul de la lumière n’a d’ailleurs pas toujours tenu. Derrière le meneau disparu, il arrive qu’on ait reposé une fenêtre « en rénovation » sur l’ancien dormant, le cadre fixé au mur. On perd une bonne part du vitrage, la pièce redevient sombre, et le meneau n’est plus là pour en porter la faute.
Meneau de pierre abîmé : chercher le fer avant de reboucher
Les pierres d’une baie ancienne peuvent être tenues entre elles par des goujons, des tiges de fer scellées dans la pierre. Quand je vois un éclat ou une fissure sur un meneau de pierre, je cherche d’abord s’il y a du fer derrière. Un goujon ou une barre en fer pris dans la pierre finit toujours par rouiller. En rouillant, il gonfle, la pierre se fend, et l’eau s’infiltre de plus belle. Tant qu’on n’a pas traité ça, reboucher ne sert à rien.
J’en trouve partout : des gonds, des barreaux, des pattes en acier plantés directement dans une pierre tendre. Le mal est connu de longue date : dès le XVe siècle, note Viollet-le-Duc, des constructeurs remplaçaient les goujons de fer par des goujons en os de mouton ou en corne de cerf.

Restituer une croisée disparue
Quand il ne reste rien du meneau, je pars des autres fenêtres de la maison qui sont intactes, ou je reprends le profil des jambages. Je relève tout sur place, cote par cote, moulure par moulure. Ensuite je taille les pierres du meneau, je fais un montage à sec à l’atelier pour vérifier que tout s’ajuste, et je reprends encore quelques retouches à la pose, parce qu’une baie ancienne n’est jamais d’équerre.
Quelle menuiserie poser dans une baie à meneau ?
Pour moi, c’est du bois. Dans ce type de baie, les profils PVC sont trop épais et ils écrasent tout le dessin de la fenêtre. Le client fait souvent la grimace en voyant le devis, parce que le bois peut coûter deux fois plus cher. Pour comparer les matériaux, voyez les prix d’un changement de fenêtres.

Un client m’a raconté, très fier, qu’il avait posé des croisées en PVC sans rien déclarer, et que personne ne lui avait jamais rien dit. Il avait juste oublié la suite : quand il a vendu, ce sont les acheteurs qui ont dû tout remplacer par du bois. Ça me fait toujours sourire. Le PVC, c’est économique… tant que ce n’est pas vous qui le payez deux fois.
En feuillure, jamais sur l’ancien dormant
La feuillure est l’entaille du mur qui reçoit la fenêtre. Sur ces façades, on a souvent reposé une menuiserie trop large dans l’ébrasement intérieur, l’élargissement en biais du mur côté pièce, au lieu de la mettre en feuillure. Puis on a rattrapé au ciment les tableaux, les faces de la baie. Revenir en feuillure oblige à piquer ce ciment.
⚠️ Piquage des tableaux : quand on pique le ciment d’un tableau, il arrive qu’un jambage vienne tout seul avec. Posez donc l’étai sous le linteau avant de piquer, pas en urgence après.
Si le linteau doit être repris, voyez comment poser un linteau de fenêtre.
La pose « en rénovation », un nouveau dormant posé sur l’ancien, n’a pas sa place ici. Elle se repère depuis la rue : deux cadres l’un dans l’autre et un vitrage qui a rétréci. Plusieurs fiches des services de l’ABF, dans le Rhône et en Auvergne-Rhône-Alpes, la proscrivent ; d’autres, dans le Var et les Bouches-du-Rhône, la disent dommageable. En secteur protégé, sur mes chantiers, on n’a même pas le droit de poser un cadre dans l’ancien dormant. On repose en feuillure, au plus près de l’existant, donc forcément sur mesure.
Secteur protégé : l’accord de l’ABF avant de signer
Aux abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable, changer une fenêtre touche à l’aspect extérieur : il faut une déclaration préalable et l’accord de l’ABF. À défaut de périmètre délimité, sont concernés les immeubles situés dans le champ de visibilité du monument et à moins de 500 m, précise le ministère de la Culture. Cet accord « peut être assorti de prescriptions ».
Avec l’ABF, j’ai eu des prescriptions très claires : du bois, deux vantaux, des croisillons, en gros l’identique de l’existant. Dans une prescription de l’ABF, les croisillons sont les petits-bois qui partagent le vitrage en carreaux. Je conseille toujours au client d’attendre l’accord avant de signer quoi que ce soit. Commander d’abord et demander ensuite, c’est le meilleur moyen de se retrouver coincé. Un refus de l’ABF peut faire l’objet d’un recours, par le demandeur ou par la mairie qui instruit la demande.
Avant tout devis, faites le tour de la baie : cherchez le fer sous chaque éclat, regardez si le meneau est encore là, et demandez au service urbanisme de la mairie si la maison est en secteur protégé. Le meneau d’une fenêtre se répare et se restitue ; la menuiserie vient après lui.



